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La colère

Christian's avatar
Divers

La colère…qui n’a jamais éprouvé ce sentiment violent qui monte et nous submerge soudain face à une situation que nous jugeons intolérable?
Mais notre colère violant le respect que nous devons à ceux qui essuient notre tempête intérieure brutalement extériorisée est-elle tolérable pour notre entourage? Que cet entourage soit à l’origine ou non de la situation qui a déclenché notre colère.
Je suis un colérique qui ne s’ignore pas…et je me soigne!
Car qui peut m’affirmer que la colère ne laisse pas ensuite en nous un goût d’amertume pour tous les mots prononcés qui dépassaient largement notre pensée, voire (encore pire) pour les gestes de violence surgis du torrent qui nous a emporté dans la démesure et la déraison?
Qui peut sincèrement me démentir lorsque je dis que la colère ne règle rien, qu’elle laisse derrière elle des souffrances qui ne s’effaceront jamais, des peurs, des traumatismes qu’aucune de nos excuses ne saura alléger?
Et que dire de notre sentiment de culpabilité et de honte lorsque le calme revient et que l’on mesure l’ampleur des dégâts!
Commence alors une période pitoyable de justification, de rachat démesuré, d’excuses vaseuses…
Rien ne justifie à mes yeux une colère.
Il y a des raisons objectives concordantes qui permettent de comprendre comment la pression intérieure est montée.
Mais rien n’excuse de n’avoir pas su dériver cette tension intérieure en une manifestation plus pacifique, qui ne fasse pas de mal inutile autour de soi. Surtout que la plupart du temps, les principales victimes de nos colères sont nos proches, les êtres chers que nous aimons et à qui nous ne ferions pas de mal dans des conditions de sérénité et d’ouverture à l’autre.
La colère aveugle, l’être cher devient un punching-ball…
La colère avilit, je me sent sale et méprisable après une colère démesurée…
Elle rend méchant, au lieu de s’en prendre à soi, on cherche délibérément à blesser l’autre, comme pour le rendre unique responsable de notre impuissance à gérer la situation…
Car la colère est une magnifique démonstration d’impuissance. On se sent dépassé, acculé, piégé, incompétent face à une situation qui nous dépasse…
Mais pourquoi ne pas admettre humblement que l’on est dépassé? Pourquoi ne pas simplement dire autour de soi que l’on ne sait pas gérer pour l’instant la situation?
Peut-être parce que l’on voudrait être parfait, que l’on accepte pas de se reconnaître faillible et de le montrer aux autres, surtout à ceux devant qui on veut passer pour fort et efficace…
Et puis, il y a peut-être aussi en amont un dysfonctionnement de communication. Si je dis ce que je suis, quelles sont mes attentes et mes valeurs inaliénables, si je revendique mes manques et mes espoirs fragiles, si je sais assumer mes vulnérabilités, alors peut-être que l’entourage va mieux respecter ce que je suis… Et peut-être que je n’aurai pas l’impression de perdre la face devant lui lorsqu’une situation me submerge…
Et même si l’autre me manque de respect, ne puis-je pas me poser la question si lui a conscience de ne pas me respecter? Ne suis-je pas trop susceptible? Et ne puis-je pas remettre fermement mais calmement l’autre à sa place, si cela se justifie vraiment à l’examen serein de la situation?
Bref, quand la colère monte, je prends le temps de respirer, je me mets à l’écart si j’en ressens le besoin, j’essaie d’analyser froidement mon désarroi émotionnel et la révolte qui en résulte, puis je retourne plus calme et plus fort dans l’arène. Prendre le temps de calmer la bouffée de colère qui monte en soi n’est pas une fuite, c’est le moyen que j’ai trouvé pour affronter les stress sans exploser (ou imploser, la colère rentrée, ça fait mal aussi…).
C’est un mécanisme qui devient vite automatique, mais cela reste une vigilance de tous les moments.
C’est un cadeau à soi-même et aux autres: on se respecte et l’on gardera le respect de l’autre quoi qu’il arrive…
Merci du fond du coeur, Isarcenciel, de m’avoir éclairé et soutenu si humainement dans cette démarche douloureuse.
Ce témoignage, difficile pour moi, est mon humble cadeau en reconnaissance de votre aide bienveillante et efficace.
En toute humanité, Christian.

math's avatar

Christian

Oui elle n’arrange rien car cela fait surtout du mal aux personnes qui la subissent et à la personne qui crée ce sentiment et qui le regrette ensuite. Pendant la colère on ne peut rien dire, l’autre débale tout ce qu’il a à dire, ce n’est pas une solution.
Moi ça ne m’est jamais vraiment arrivé directement mais je sais ce que ça fait, et c’est moche!
Cordialement, Mathieu.

Isa's avatar

merci.

Je ne peux que vous remercier, du fond du coeur, de savoir aller jusqu’au bout de vous-même. Et pour ce qui est de vette difficulté, c’est vous qui avez fait tout le travail, nous n’avons qu’accompagné votre évolution !

La colère est une pulsion humaine et très naturelle, c’est aussi, dit-on, “la force du bourgeon” !

Ressentir de la colère, dans le courant de notre vie, n’a rien d’anormal.
Comme pour ce qui en est de toutes nos pulsions, il faut savoir reconnaître sa colère, la nommer, l’assumer puis la revendiquer.

La reconnaître, c’est savoir déceler le trouble en nous, au moment où il se profile.

La nommer, c’est désigner du mot “colère” cette impression que l’on sent monter.

Assumer sa colère, c’est tenter d’en trouver le facteur déclencheur, de se l’expliquer, de la faire sienne, car, au moment où nous la ressentons, elle fait partie de nous.

Revendiquer sa colère, c’est dire autour de soi, aux autres, au monde que nous ressentons un sentiment de colère causé par tel ou tel évènement, mot, situation.

Bien sur, il va falloir extérioriser cette colère, mais dès lors que nous nous la sommes expliquée, dès lors que nous l’avons déclarée au monde, on remarque que son intensité a déjà chuté !

Ensuite, cherchons une activité “défouloir” qui nous permette d’épuiser notre colère : certains courrent, d’autres écrivent rageusement ( pour déchirer ensuite, évidemment !), d’autres encore prennent la voiture pour aller rouler… A chacun son type de dérivatif, dès lors qu’on évite l’affrontement avec l’autre…

Personnellement, lorsque je ressens de la colère, je me lance dans une vaste opération de ménage, ce qui me permet de joindre l’utile à l’indispensable!
Enfin calmée, je me retrouve dans une maison propre et rangée… de quoi trouver une raison d’être satisfaite de moi, au bout du compte !

;-)

Isa

Laure.D's avatar

"Les raisons de la colère"

Il existe à mon sens au moins deux types d’évènements qui provoquent la colère.

- Le premier est bien sûr un manque de communication, qui à force d’insistance rapproche de plus en plus les pulsions du passage à l’acte. Que l’on soit jeune ou vieux, qui ne s’est jamais retrouvé face à cette réaction, si injuste autant pour nous que pour les autres ? Car personne ne mérite la colère des autres, dans le sens où une vraie colère n’est qu’un déballage de sentiments exacerbés, et ne mène par conséquence à rien de bénéfique. Et ensuite parce que tout le monde devrait avoir à cœur de se respecter soi-même, et de ne jamais légitimer un comportement qui pourrait nous mener à la violence, qu’elle soit verbale ou physique. Effectivement après s’être mis en colère nous le regrettons souvent, nous regrettons nos gestes inconsidérés, ces paroles dépassant notre pensée, tous ces actes qui sont en désaccord avec nous-même.

- Le deuxième cas qui peut à mon sens provoquer une colère se produit lorsque une de nos “valeurs inaliénables” comme le dit si bien Christian est bafouée. Dans ce cas-là on ne peut pas véritablement parler de manque de communication, bien que ce dernier s’il existe n’arrange pas la situation.
Je prends un exemple : j’ai absolument horreur que l’on me mente. C’est une chose qui malgré tous mes efforts me met dans un état d’agacement extrême qui se transforme malheureusement souvent en colère. Je dis malheureusement, car là encore la colère ne mène à rien. Mais le fait de voir cette valeur si importante pour moi, violée qui plus est à mon désavantage, fait partie de ces choses insupportables à mes yeux.

Mais il faut aussi avoir conscience d’une chose : si un dysfonctionnement de la communication chez les autres peut-être profondément néfaste, il ne faut pas oublier que c’est aussi et souvent notre propre manque de communication interne qui le provoque.

Je tenais enfin à féliciter Christian pour son courage et sa prise de conscience concernant ce sujet. Bravo à vous pour votre honnêteté, votre humilité et vos efforts, qui j’en suis sure, payeront de leur bénéfice !

Christian's avatar

Concernant la colère, sujet

Concernant la colère, sujet hautement sensible pour moi, j’aimerais, si je peux me permettre, qu’Isa nous expose à l’occasion sa façon de se mettre en colère, quand elle le juge nécessaire et profitable pour les autres (notamment ses propres enfants).
Car j’ai découvert, grâce à Isa, qu’exprimer une certaine colère, canalisée et ciblée, peut être utile et responsable…
Ce qui n’enlève rien à notre responsabilité de dériver le torrent de colère qui peut monter, telle une pulsion de vie, et qui risque de nuire au respect que l’on se doit à soi-même et que l’on doit aux autres.
Cordialement, Christian.

Isa's avatar

Les colères « pour de faux !»

La colère, comme vous l’avez tous dit, n’apporte pas grand chose de positif dans une relation de quelque nature qu’elle soit. Lorsqu’on éprouve ce débordement, par ailleurs tout à fait humain, on a tendance à « perdre les pédales », à dire ou faire un peu n’importe quoi, au détriment de l’autre, ou de l’environnement proche.

Il est utile de savoir dériver son sentiment de colère, de telle sorte qu’on évite de faire du mal aux autres, tout en autorisant « la force du bourgeon » à s’exprimer de manière dérivée et non violente.

Face à nos enfants, tout particulièrement, il est fondamental parfois, de marquer avec fermeté les limites, de rappeler les règles, avec autorité, surtout lorsqu’ils se mêlent de tester leur pérennité. Et dieu sait s’ils savent être créatifs !!!

Les enfants ont naturellement confiance en nous, et valident très souvent la stabilité de nos comportements. S’ils nous voient « sortir de nos gonds », ils éprouvent une vraie peur.

De ces observations j’ai déduit un certain nombre de pratiques que je mets en œuvre, en règle générale, vis à vis de mes trois têtes blondes…

Lorsque le comportement d’un de mes enfants me met en colère, j’en prends conscience immédiatement. J’accueille cette pulsion, et dérive immédiatement ses effets. La remontrance peut bien attendre quelques minutes. Je préviens l’enfant que nous allons en parler, mais que je suis beaucoup trop en colère pour le faire sur le champs.
Le fait d’expliquer que je suis en colère contribue déjà à atténuer les effets de mon irascibilité.

Selon la gravité de la bêtise, il m’arrive d’envoyer la fautive dans sa chambre pour qu’elle réfléchisse en attendant que je vienne la retrouver.

Je me calme (au besoin en mettant sécher une lessive !), je tente de réfléchir posément à la meilleure réponse à apporter à l’attitude de mon enfant. Avec le temps, mon organisme s’est habitué à cette pratique, et à présent il ne me faut pas longtemps pour retrouver tout mon calme intérieur.

Ensuite, évidemment, je me présente devant l’enfant, et fait la grosse voix, j’élève le ton, je pose avec force et fermeté l’interdit, explique les conséquences du non respect de cette limite. Je demande des excuses, les obtient, et pardonne.

Le pardon dédouane l’enfant de sa faute, il est tout à fait fondamental, mais nous l’oublions trop souvent, parce que nous ne sommes pas en mesure de penser à l’autre.
En effet, lorsque nous exprimons notre colère, nous extériorisons ce que nous ressentons, notre frustration, nos souffrances…

« Tu es méchant, je ne te supporte plus, Tu ne fais que des bêtises, j’en ai plus qu’assez de toi… ».

L’enfant devient le réceptacle surpris et apeuré de ce jugement négatif, excessif. Il ne peut croire en l’amour de son parent, au droit qu’il a au pardon.

A l’inverse, lorsque nous sommes ferme, même si nous prenons toutes les apparences de la colère, nous nous intéressons à l’autre, pas à nous.

« La règle est celle-ci, et tu le sais. Tu as choisi de ne pas la respecter, et cela n’est pas acceptable ici. Par conséquent, tu vas réparer ta bêtise et demander pardon. »

L’enfant est cette fois placé devant sa responsabilité, mais il ne se sent pas nié ni rejeté dans son être. Seule son action est condamnée, pas lui.

Mes filles valident souvent le caractère réel ou pas de mes colères.
Pendant que je suis en train de m’adresser avec toute l’apparence d’une maman furieuse à l’une d’entre elles, un autre vient presque toujours m’interrompre pour me poser une question anodine. Je m’applique à écarter avec un sourire et une voix très douce ce besoin d’être rassurée « Plus tard, ma chérie, je suis occupée avec ta sœur… ».

Elle s’éloigne alors, visiblement rassurée, et oublie complètement de reposer sa question ensuite… pourtant, ce devait être bien important, pour que cela justifie de s’immiscer dans cet échange apparemment agressif…

Je crois que mes enfants craignent mes « colères », mais en tout cas, je sais qu’elles n’ont pas peur de moi. Comme la petite dernière me l’expliquait, alors qu’elle avait tout juste quatre ans, lors d’une discussion très calme, cinq minutes après une « explication des gravures »:

« Je fais des bêtises, parce que c’est normal. Tu fais ton travail de maman, tu cries, et moi je fais mon travail d’enfant : je pleure et j’obéis… »

Sans commentaire… mais avec clin d’oeil !

Bonne journée!