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Responsabilité et culpabilité

Christian's avatar
Discussions

Bonjour!
Je trouve qu’il y a souvent confusion entre “responsabilité” et “culpabilité”.
La plupart du temps, nous avons tendance à agir ou réagir dans notre quotidien sans nous poser la question de notre responsabilité personnelle dans ce que nous posons au monde.
Mais, en plus, les rares fois où nous nous posons la question (ou lorsque la question nous ratrappe à notre insu!), nous ressentons une culpabilité, qui nous plombe et va motiver des actions et des paroles de justification ou de rachat…
A quoi cela est-il dù?
Il est vrai que notre culture judéo-chrétienne est très encline à développer en nous la culpabilité et l’autoflagellation…
Il est vrai aussi que nos valeurs sociales nous poussent à la déresponsabilisation: “c’est le système”, “les autres en profitent alors pourquoi pas moi?”, “mais que fait l’Etat?” (notion d’Etat Providence), “je ne fais qu’exécuter les ordres…”, “les jeunes ne respectent plus rien…” disent les anciens, “les familles ont démissionné de leur rôle éducatif…” disent les enseignants, “les adultes ne nous comprennent pas…” disent les jeunes… Bref, c’est toujours la faute de l’autre. Et on cherche toujours un coupable!
Ne serait-il pas plus constructif de se retrousser les manches et d’acter enfin dans nos vies en se demandant en quoi chacun est responsable à son petit niveau de la perpétuation perverse des dysfonctionnements du système? Ne serait-il pas plus efficace de montrer humblement l’exemple par notre comportement quotidien, pour mettre en application nos propres valeurs et, de proche en proche, susciter des questionnements et surtout des changement de mentalité?
Face à un problème qui nous dépasse, on baisse les bras en pensant qu’on n’y peut rien, ou bien on construit dans son coin dans le sens inverse, positivement, dans l’optimisme. Est-ce idéaliste?
Qu’en pensez-vous?
C’est parfois difficile de ramer à contre-courant, mais, personnellement, je ne peux me résoudre à n’être qu’un mouton de Panurge et à cautionner passivement l’incautionnable (à mes yeux)…
Cordialement, Christian.

Laure.D's avatar

La vraie question : pourquoi avoir peur ?

Dans les études que j’ai fait pour devenir assistante de direction, des cours de droit nous ont évidemment été délivrés. Si nous avons principalement travaillé sur le droit en entreprise, nous avons tout de même fait une petite initiation en responsabilité civile. Or une chose a attiré mon attention. La notion de responsabilité ne fait absolument pas état de la culpabilité : que l’on soit coupable ou non, nous sommes responsables des dommages que nous causons. Dans le sens juridique du terme, cela peut se concevoir, mais dans le domaine privé, de la vie de tous les jours, il en va également de même. C’est ici que le bât blesse. Nous allons effectivement de plus en plus vers un amalgame des deux termes.

Alors influence judéo-chrétienne ? J’en doute, il n’en a pas toujours été ainsi, et pourtant cette culture est belle et bien ancrée depuis des siècles.

Il faudrait peut-être plus se pencher sur la perte de repères à laquelle nous assistons aujourd’hui. Tout passe à l’heure actuelle par une extériorisation constante de notre vie. Nous nous entourons de matériel pour nous rassurer, de structure sociale pour nous protéger, mais avons nous oublié que nous étions notre meilleur ami ?

A force d’extériorisation forcenée, nous perdons conscience de nous-même, confiance en nous-même. Nous préférons nous appuyer sur les magnifiques meubles que nous avons achetés, sur notre collection de livres inestimables à nos yeux… mais tous ces objets sont appelés à disparaître, et parfois même à disparaître avant nous, et il en va de même des structures sociales, voire même socialement correctes. Mais les valeurs que nous avons au fond de nous, elles, nous suivront toute notre vie.

Alors il est certain qu’à tout extérioriser, à force de perdre notre propre confiance, nous avons peur de la remise en question, nous craignons les autres, et comme l’attaque est la meilleure des défenses, nous les rendons responsables.

Il n’y a malheureusement pas de solutions miracles, comment inverser la vapeur d’une société qui progresse plus vite que ne s’adaptent ses membres ?

Cela fait partie des choses que j’ai comprise ces derniers temps : arrêter d’en vouloir au monde entier de notre malheur. Car à le reprocher aux autres, on ne fait que l’alimenter sans jamais trouver de solutions. Comment le pourrions-nous puisque les solutions sont au fond de nous ? Les autres ne peuvent que nous soutenir, mais ni assumer des responsabilités qu’ils n’ont pas, ni porter pour nous des culpabilités qui ne leur reviennent pas. A force de nourrir notre propre malheur, à tenter de s’inscrire comme une victime ou comme un martyr, nous ne faisons qu’alimenter notre propre mal-être.

Alors arrêtons de rendre sans cesse les autres coupables, arrêtons de ne plus assumer nos responsabilités par peur de nous perdre et cessons surtout de croire que responsable veut dire condamnable.

Laure.

Christian's avatar

En posant le sujet de réflex

En posant le sujet de réflexion sur l’opposition que je vois entre responsabilité et culpabilité, je tenais à souligner l’aspect castrateur, selon moi, de la culpabilité.
Me sentir coupable d’un comportement que j’ai adopté, ou de paroles que j’ai prononcées, ou même de pensées que j’ai eues, et laisser cette culpabilité me titiller au gré de la remontée des souvenirs qui surgissent à mon insu à n’importe quel moment de mon présent, c’est invalidant. C’est traîner avec soi un boulet de passé non assumé, et cela pèse dans le vécu présent.
Se sentir responsable, à tout moment, de ce que l’on est et de ce que l’on pose dans le monde, c’est à mon sens tout-à-fait autre chose.
Je ne me dédouane pas de ce que j’ai dit, fait ou pensé, j’en revendique et j’en assume la responsabilité, je fais amende honorable et je m’en excuse, ou je persiste et signe, mais j’en tire une expérience pour la suite de mon existence, sans pour autant plomber mon avenir d’une erreur impardonnable qui viendra me hanter sans fin…
Car, distinguer responsabilité de culpabilité, pour moi, c’est une façon de déboucher sur le pardon: je ne juge pas, et surtout je ne condamne pas.
Je pars du principe que j’ai fait du mieux que je pouvais avec les moyens du bord dans une situation donnée.
Même si le résultat est insatisfaisant, même si je crois que j’aurais fait autrement avec ma maturité actuelle, même si je ne suis pas fier aujourd’hui de ma formulation passée, je me pardonne de n’avoir pas fait mieux.
De la même façon, je pardonne tout le mal, toutes les frustrations, tous les traumatismes que l’autre a engendré en moi dans le passé; toutes ses maladresses étaient le reflet de ce qu’il était à l’époque, et tant pis si j’en ai souffert, je ne peux pas le lui reprocher…
Car, finalement, de quoi doit-on être vraiment responsable dans notre vie?
A mon sens, je revendique ma responsabilité d’agir dans le monde en restant fidèle à ce que je suis, je m’efforce de rester authentique en toute circonstance et de respecter autrui dans ce qu’il est.
Et je suis responsable de m’excuser si j’estime avoir failli à ce respect de l’identité d’autrui.
Je n’accepte pas, par contre,de me sentir responsable des troubles ressentis par l’autre à la formulation honnête de ce que je suis.
Si ce que je revendique de mon identité profonde interfère avec des vécus douloureux de l’autre et éveille en lui un malaise qui n’appartient qu’à son histoire personnelle, j’en décline toute responsabilité.
Sans provocation, sans ostentation, je donne juste à connaître ce que je suis, c’est ma seule vraie responsabilité inhérente au seul fait que j’existe.
Bien-sûr je me reconnais la responsabilité de respecter mes engagements envers mes enfants, mon conjoint, mes parents, mes amis, mes patients, mes concitoyens, moi-même…mais cette responsabilité relève d’engagements que j’ai choisis de souscrire… C’est un autre sujet.
Et vous, quelle responsabilité vous reconnaissez-vous dans votre vie?
Cordialement, Christian.