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L'authenticité

Christian's avatar
Discussions

L’authenticité est une valeur personnelle fondamentale pour moi. C’est un droit que je revendique et un devoir que je me donne avec plaisir et application…
Mais peut-on être authentique en toutes circonstances, peut-on dire toujours ce que l’on pense (certes sans agressivité ni provocation) et revendiquer notre identité profonde au risque de déplaire ou de ne pas être compris?
En particulier, dans un rapport de subordination ou dans une relation commerciale, peut-on respecter les règles du jeu en restant authentique? Ou glisse-t-on forcément dans la peau d’un personnage de comédie uniquement préoccupé à plaire et à atteindre l’objectif fixé (en l’occurence se faire bien voir de son supérieur ou décrocher un marché)…?
Et dans la relation amicale, peut-on, doit-on rester authentique au risque de perturber l’autre? Ou doit-on se montrer tel que l’autre nous attend ou nous imagine pour recevoir sa considération, son admiration, son affection…?
Se revendiquer tel que l’on est, sans fioriture, sans faux-semblant, sans fausse modestie mais sans vantardise, en toute sincérité, humblement, avec ses qualités et ses défauts, ses passions et ses dégoûts, ses crédos et ses doutes, ses valeurs essentielles et ses engagements… m’est personnellement parfois difficile. Mais je n’imagine pas une seconde y renoncer.
Mais ce qui me semble le plus difficile est de rester authentique émotionnellement: formuler simplement et sur l’instant mon ressenti face à une situation, une parole, un geste, un regard, un signe de reconnaissance ou un manque de respect… Dans ce cas, garder mon calme et exprimer mon sentiment constituent une épreuve particulièrement ardue pour moi!
Et vous, quelle expérience avez-vous de l’authenticité? Quelle valeur attachez-vous à cette qualité? Peut-on encore être authentique de nos jours et avec qui?
Merci d’apporter votre pierre à ma réflexion.
Cordialement, Christian.

Laure.D's avatar

L'authencité envers nous-même

L’authenticité fait partie de ces valeurs qui me sont chevillées au corps. Et pourtant, il nous arrive souvent de la remettre en cause, parce que nous sommes poussés à accepter de plier devant un comportement social, une contrainte vestimentaire, un acquis de notre éducation ou de notre évolution.
“On se tient bien lorsque l’on est invité à un repas important!”, “Une secrétaire ne s’habille pas ainsi!”, “Mon père m’a toujours dit de faire comme ça!”.
Autant de barrières qui nous empêchent souvent de coller à nous-même !

Pourtant malgré toutes ces règles imposées par l’extérieur, je pense que l’authenticité ne naît véritablement que lorsque nous cessons de dresser à nous-même nos propres barrières. Car qui dit barrières, dit restriction, et qui dit restriction, dit défaillance d’authenticité.

L’authenticité est en nous, et nous sommes souvent notre plus grand obstacle : manque de connaissance de nous-même, aliénation par des valeurs imposées qui ne nous ressemblent pas, mais surtout peur de se rendre vulnérable, crainte de se perdre face à une société que nous jugeons la notre…

Mais dans le fond, lorsque tout un chacun parvient à se défaire de toutes ses limites intérieures, de toutes ses craintes, de nos doutes, de toutes nos peurs, les règles extérieurs ont-elles toujours autant d’importance ?

Certainement être authentique envers soi-même implique-t-il une modification de notre comportement. Nous ne dirons plus à notre patron qu’il est objectivement le meilleur, mais peut-être lui glisserons-nous une remarque imposée par le respect, qui peut-être lui permettra de réfléchir à son comportement sans l’outrager.
Et dans ces conditions, quelle importance de devoir s’habiller en tailleur si nous sommes authentiques envers nous-même et que nous avons fait le deuil de toutes nos limites ? Un vêtement doit-il nous changer ? Cela n’arrive que lorsque nous nous cachons. Mais ne confondons pas se déguiser à nous-même, et s’habiller pour les autres ! Dans le premier cas nous ne sommes pas authentiques, dans le deuxième nous cherchons à ne pas choquer l’autre.

Alors après il est certain qu’il existe un deuxième débat qui découle de mon discours. Pourquoi ne pas s’habiller comme bon nous semble, quitte à choquer l’autre… mais c’est un autre problème !

Pour conclure, je dirais simplement qu’il n’existe à mes yeux qu’une seule question ayant vraiment de l’importance : Jusqu’à quel point nous autorisons nous nous-même à être authentique ?

Cordialement, Laure.

Isa's avatar

Etre authentique ! Etre tout court !

L’authenticité est pour moi aussi une valeur inaliénable, fondamentale.

La concéder me place en porte à faux avec moi-même, et me laisse mécontente de moi.

Etre authentique, c’est se donner à connaître, sans peur, sans retenue, quelqu’en soit le prix. C’est souvent difficile. Parfois même, il faut se faire un peu violence, surtout dans les domaines qui touchent à l’affectif, mais, à mes yeux, c’est un devoir.
Je dois à l’autre la vérité sur ce que je suis, ce que je pense…

J’accepte cependant les rites de notre monde, puisque j’y vis, mais je ne me sens pas en manque d’authenticité lorsque je satisfais à ses rituels sociaux.

En effet, la valeur que j’accorde à l’authenticité est celle du fond de l’âme, le socle sur lequel nous avons édifié ce que nous sommes. Peu importe la couleur des murs, les rideaux qu’on y met parfois… les murs sont et demeurent.

Tout peut être dit, tout peut s’exprimer, à la condition de trouver le bon moment, et la bonne formulation.

Etre authentique n’implique pas d’imposer avec brutalité mon interprétation des choses, quite à choquer mon interlocuteur.

Etre vrai n’excluera jamais, pour moi, le respect que je dois au monde dans lequel je vis, au êtres que je croise, avec lesquels j’échange.

Je peux même adopter une coutûme qui ne me correspond pas, mais si je le mentionne, que j’en informe les autres, alors je n’aurai rien perdu de mon authenticité profonde!

Qu’en pensez-vous?

Bonne journée

Isa

Christian's avatar

mes vérités bonnes à dire...

Je suis de ceux qui pensent que “toute vérité est bonne à dire”, et je l’ai toujours pensé. Toutefois, je définis aujourd’hui de façon plus restrictive ce que j’entends par “vérité”.
Désormais, pour moi, “vérité” renvoie à la formulation authentique de ce que je suis, en toute circonstance. Ne jamais “avaler mon chapeau” lorsque quelqu’un ne respecte pas ce que je suis, ne pas me forcer à violer l’une de mes valeurs essentielles pour faire plaisir ou ne pas choquer l’être qui se trouve en face de moi.
Mais je m’efforce désormais à ne pas poser de jugement sur ce qu’est ou ce que pense l’autre. Il est forcément différent de moi, il pense peut-être différemment de moi sur tel ou tel sujet qui me tient à coeur: c’est son droit et sa liberté. Et s’il ne le demande pas, pourquoi formuler ma différence sur ce qu’il vient d’émettre?
Avant, je ne pouvais m’empêcher de formuler mes opinions sur le sujet abordé devant moi, même si l’autre ne m’y invitait pas…J’apprends aujourd’hui à écouter sans forcément émettre ma différence (ou mon assentiment), et cela n’enlève rien à mon authenticité. Comme le dit souvent Isa: “Cela ne change rien à ce que je suis!”
Quand à “satisfaire aux rituels sociaux” ou “adopter une coutume qui ne me correspond pas”, j’ai une attitude mitigée.
J’ai beaucoup de mal à me forcer à vivre certains “rituels sociaux” sous prétexte que cela se fait dans mon milieu social. Je suis souvent capable de le faire pour faire plaisir à mes enfants, éventuellement à des adultes qui me sont chers, mais les mondanités ou certaines traditions me pèsent bien des fois…
J’ai, par exemple, déjà porté le costume-cravate, voire le smoking, aujourd’hui je troque rarement mon blue-jeans, parce que je n’ai plus envie de me déguiser et que je me sens très bien ainsi. Mais je peux comprendre que d’autres fassent un choix différent, par convenance ou même par plaisir, et je le respecte.
Autre exemple: je ne supporte pas d’avaler des kilomètres sur des routes pluvieuses pour déposer des chrysanthèmes sur les tombes des êtres chers qui nous ont quittés à la Toussaint (sujet d’actualité) et ma façon de penser à mes morts quotidiennement, et de leur parler, et de me souvenir de ce qu’ils m’ont transmis, me suffit pour leur rendre hommage. Je comprends par contre, et je le respecte profondément, que la majorité de mes concitoyens satisfassent au rituel des chrysanthèmes.
Par contre, suivre exceptionnellement une nouvelle coutume, et peut-être l’adopter par choix et adhésion de coeur, m’amuse souvent. J’ai l’impression d’aller au devant de l’autre qui vit naturellement cette coutume, de me dépayser un peu, de me placer sous d’autres lattitudes que ma géographie personnelle.
Cordialement, Christian.